Une rencontre furtive avec cette belle blonde dans un pub en Grande-Bretagne fit naître une histoire d’amour de 35 ans, durant laquelle mon cerveau s’est fait berner, en long, en large et en travers. Lors de cette rencontre à 17 ans, j’étais bien trop jeune pour déceler le caractère pernicieux de cette nouvelle relation.

Et pourtant, à cette époque, que j’étais fière de l’arborer à mes côtés comme un trophée quand je sortais avec mes amis !

« Vous avez vu, je fume ! »

Cette jouissance n’a fait qu’empirer pendant toute mon adolescence, à tel point qu’une fois adulte, je n’y faisais même plus attention.

Mon amie la clope faisait partie intégrante de mon « moi ».

Sans elle j’étais perdue, je ne savais pas commencer ma journée. Tout sentiment de joie ou de tristesse, tout stress, tout état d’âme, tout évènement appelait sa présence entre mes mains.

C’était elle et personne d’autre qui me rassurait, m’apaisait, mais aussi qui me permettait d’être moi et d’affronter mes responsabilités. Enfin c’est ce que je croyais.

Machinalement je me rendais toutes les semaines chez mon buraliste pour récupérer mon élixir de jouvence (2 cartouches) que je posais délicatement dans un tiroir fétiche de la maison. Ce tiroir, j’y plongeais souvent les yeux pour m’assurer qu’il n’était jamais vide, ou que le stock était suffisamment conséquent pour ne pas tomber en rupture sèche.

Comment un petit bout de papier blanc, rempli de quelques feuilles séchées peut-il être aussi destructeur ?

Comment est-il possible de continuer à croire qu’il peut résoudre tous mes problèmes ?

Comment ne pas ouvrir les yeux devant une telle sournoiserie et perversité ?

Et si tout ça n’était qu’un leurre ?

Plus je prenais de l'âge, plus j’entendais à la télévision et je lisais dans les journaux que fumer était dangereux, mais cette dangerosité n’était pas palpable pour moi, je ne la voyais pas.

Je ne ressentais pas d’effroi quand je prenais ma cigarette entre mes doigts, bien au contraire, j’étais rassurée !

Il y avait donc un truc qui ne collait pas pour moi, un décalage entre la réalité et ce que je pensais. En plus, mes parents fumaient eux aussi, et ils n’avaient pas l’air de s’inquiéter non plus.

Les ayant toujours vus avec une clope à la main (je ne les ai jamais connus autrement) je n'ai pas cherché plus loin, et bien sûr, j'ai continué à fumer de plus belle.

Les années sont passées sans que je m’intéresse plus que ça au sujet, jusqu’au jour où la mort m’a touchée de plein fouet en 2001.

Trois courtes semaines d’agonie pour mon papa. Cinquante ans la clope au bec pour disparaître en si peu de temps, c’est glaçant.

Quelle arme de destruction massive cette satanée clope !

Elle vous charme, vous apporte du plaisir, vous maintient la tête hors de l'eau pendant des années, pour vous enfoncer la tête dedans quand le destin l'a décidé. C’est vicieux quand même !

« Papa, si tu me lis de là-haut, sache que 2 ans après ton départ, j’ai commencé à souhaiter arrêter de consommer cette substance qui t’a emporté si vite ». Je m’en suis fait la promesse.

2003, c’était le début d’un parcours intérieur, d’une introspection non contrôlée, mais vitale qui a duré 10 ans.

Pendant ces 10 ans, je me suis faite accompagnée pour ne pas avoir à lutter contre des raisonnements fallacieuses du style :

  • non, tu n’y arriveras pas,
  • ça fait trop longtemps que tu fumes,
  • c’est trop tard, le mal est fait,
  • mais pourquoi ?

Je ne me sentais pas capable d’assumer ces démons sans avoir une bouée de sauvetage efficace.

Je suis donc allée rencontrer une tabacologue qui a commencé à tout m’expliquer avant de commencer quelque traitement que ce soit

  • L'influence de l'enfance,
  • La prédisposition à la dépendance,
  • L'importance de l'environnement social,
  • Le cumul des habitudes,
  • Le fonctionnement du cerveau face à cette tueuse
  • La différence entre l'addiction et la dépendance…
  • Et bien plus encore…

Après avoir fait le tour de ces explications on ne peut plus claires, elle a calculé mon taux de dépendance à la nicotine, avec le test de Fagerström, et j'étais au maximum, c'est-à-dire fortement dépendante.

Sa conclusion fût de me donner un traitement médicamenteux que j'ai pris plusieurs mois, sans grand succès, même si j'avais quand même diminué fortement ma consommation.

Mais voilà… médicament miraculeux ou non, aucune possibilité de me séparer définitivement du besoin irrépressible d'en reprendre une.

Toutes les consultations (sur plusieurs années) que j’ai faites chez cette tabacologue ont été infructueuses au niveau du résultat (mes arrêts n’ont jamais dépassé 1 mois), mais m’ont énormément rassurée sur le fait que je pouvais y arriver. Si j’ai réussi à me passer de ce poison pendant 1 mois, je peux tenir 2, voire 3 ou plus !

Par quel miracle je ne sais pas, mais je pouvais le faire et je m’en étais convaincue.

Parfois je refumais 6 mois, et je retentais un sevrage en changeant de technique et en me répétant inlassablement que c’était le dernier essai, mais la moindre petite coquille qui se glissait sous mon pied me poussait à entrer dans un bureau de tabac. Et rebelotte…

Donc de 2003 à 2013, je ne saurais vous citer le nombre de fois où j’ai essayé d’arrêter sans jamais y arriver. J’étais démoralisée quand je replongeais mais je trouvais toujours la force d’essayer encore et encore.

Et puis le fameux miracle tant attendu est arrivé !!

En 2013 je suis rentrée dans une boutique de cigarette électronique (oui le terme de vape n’était pas très utilisé à l’époque).

J’en suis ressortie avec beaucoup d’informations en tête, du matériel adapté au passé tabagique de gros fumeur, avec un taux de nicotine de 18 mg/ml (2 paquets par jour depuis des lustres…).

En quelques jours j’avais diminué de moitié mes clopes, et un matin en me levant, j’ai décidé de ne plus en fumer du tout.

En fait, je n’ai pas eu grand mal à prendre cette décision, puisque je n’avais pas envie de prendre une clope, mais j’avais hâte de jouer avec ma nouvelle copine, la e-cig, la vaporette, la vapette, le machin, le bidule… tous les noms sont bons pour se motiver, c’est garanti, ça marche !

Aujourd’hui, ça fait exactement 9 ans que je n’ai pas retouché une cigarette.

J’ai fait cependant 2 rechutes de quelques semaines.

Ces dernières ont eu lieu car j’avais une obsession, baisser mon taux de nicotine le plus rapidement possible. J’ai vite compris que l’envie de fumer revenait aussi vite qu’elle était partie, dès que je descendais en dessous d’un certain taux (pour moi, le 12 mg/ml).

En fait, mon corps avait besoin et a toujours besoin de cette dose pour se sentir bien. Je me suis faite une raison et je n’essaie pas de changer pour l’instant. Je suis si heureuse de pouvoir rester éloignée de ce satané tube blanc !

Quel que soit le choix de votre moyen de sevrage, je suis sûre qu’un jour vous y arriverez !

 

Tag(s) : #Motivation, #Sevrage Tabagique, #À propos, #Nicotine, #Le fumeur
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